Bienvenue Ambassade Visas Étudiants Investisseurs
   Page d'accueil > Relations sino-françaises > Echanges culturels
INTERVENTION DE MONSIEUR ZHAO JINJUN, AMBASSADEUR DE CHINE EN FRANCE, A LA CONFERENCE ORGANISEE PAR LE CERCLE DIPLOMATIQUE ESSEC INTERNATIONAL

2006-06-09

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs,

Chers Amis,

C'est un grand plaisir pour moi de venir, en réponse à votre invitation, Monsieur le Président, à la Maison des Essec pour procéder à un échange avec vous, élèves ou anciens élèves de cette prestigieuse école, sur le développement de la Chine et la coopération économique et commerciale sino-française. Vous m'avez dit, Monsieur le Président, qu'une centaine d'anciens élèves d'Essec travaillent aujourd'hui en Chine dans les secteurs économique et commercial. J'y vois un signe de l'importance croissante qu'attache le monde de l'économie et des affaires français au marché chinois et une illustration du développement rapide des échanges économiques et commerciaux entre nos deux pays.

Mon exposé d'aujourd'hui s'articule sur trois axes : 1) le développement de la Chine et ses perspectives ; 2) les effets du développement de la Chine sur le monde ; 3) les relations sino-françaises.

Mesdames et Messieurs,

La Chine traverse en ce moment une étape marquée par la croissance la plus rapide et les mutations les plus profondes dans son histoire. Je vous cite volontiers quelques chiffres : pendant les 27 dernières années qui ont suivi le lancement de la politique de réforme et d'ouverture sur l'extérieur, le PIB chinois a cru en moyenne de 9,6% par an, et son commerce extérieur, de 16% par an. En 2005, le PIB chinois a dépassé 2 200 milliards de dollars américains, et le volume des importations a franchi la barre de 600 milliards de dollars. Le stock des investissements étrangers en Chine s'élève à 620 milliards de dollars, et on compte plus de 530 000 entreprises à capitaux étrangers dans tout le pays. Toujours en 2005, 31 millions de Chinois ont voyagé à l'étranger, le nombre des internautes a atteint 110 millions, et le nombre des abonnés au téléphone fixe et au téléphone mobile, 740 millions, dont 400 millions d'abonnés au téléphone mobile. De tous ces chiffres, 2 conclusions émergent : 1) la Chine est l'un des pays du monde qui enregistrent les plus forts taux de croissance ; 2) la Chine est un des marchés les plus prometteurs.

A ceux qui craignent que l'économie chinoise ne puisse poursuivre un développement soutenu, régulier, rapide et sain, je leur dirai que malgré des difficultés, la Chine réussira. Pourquoi ? Parce qu'elle réunit les conditions qui manquent à d'autres pays du monde. Premièrement, la Chine possède un marché intérieur immense, notamment à la campagne où le potentiel est énorme. Deuxièmement, la Chine possède des ressources humaines abondantes et très compétitives, car les Chinois sont ingénieux et travailleurs, et que le niveau d'éducation et de formation ne cesse d'être amélioré. Troisièmement, la Chine est capable de s'en tenir à une politique pour une très longue période, à la grande différence des pays où la conduite dans la durée d'une politique est affectée par les alternances politiques à répétition. Comme le montre la réalité chinoise, l'engagement de la politique de réforme et d'ouverture lancée par M. DENG Xiaoping il y a 27 ans, a permis de mettre pleinement en valeur l'esprit d'initiative et d'entreprise des Chinois. Cette politique est moteur du progrès de la société chinoise et une garantie essentielle d'un développement soutenu, régulier, rapide et sain de l'économie chinoise.

Cela étant, la Chine fait face à des enjeux importants dans sa marche en avant. En dépit de grands progrès dans le développement économique, la Chine reste un pays en développement caractérisé par une population nombreuse, une base économique faible et vulnérable ainsi qu'un développement inégal. Avec 9% des terres cultivables et 6,5% des ressources en eau douce du monde, elle nourrit 20% de la population mondiale. L'année dernière, en termes de PIB par capita, la Chine ne se classe que derrière le 100e rang mondial avec 1 700 dollars. Les écarts sont énormes entre les différentes régions, entre les villes et les campagnes, les structures économiques et le mode de croissance économique manquent de rationalité. Beaucoup ont du mal à se rendre compte réellement de l'ampleur des défis de la Chine. On peut conclure que toutes les difficultés rencontrées par les pays occidentaux dans leur industrialisation au cours des derniers siècles, la Chine a dû les affronter aujourd'hui. La seule solution réside dans les progrès et innovations techniques et scientifiques ainsi qu'une conception scientifique de développement économique et social.

Le gouvernement chinois en est pleinement conscient, et a fait les priorités du XIème Plan quinquennal lancé cette année du rééquilibrage entre l'Est et l'Ouest du pays, entre les villes et les campagnes, de la qualité et l'efficience de la croissance économique, de la protection de l'environnement, de la construction d'une société harmonieuse entre l'homme, la nature et le développement économique. Il s'est fixé des objectifs concrets pour les 5 prochaines années, comme la réduction de 20% de la consommation d'énergie par unité du PIB et la diminution de 10% des principales émissions polluantes. Quelles que soient les difficultés, la Chine poursuivra indéfectiblement une conception scientifique de développement et une politique du développement durable.

Mesdames et Messieurs,

J'en viens à la deuxième partie de mon exposé : que signifie la croissance rapide de l'économie chinoise pour le monde ? J'y réponds tout simplement : c'est une chance plutôt qu'une menace. Pourquoi ? Parce que premièrement, le fait qu'un cinquième de la population mondiale ne vivent plus dans la pauvreté, mais dans une société en paix et en progression constante, cela est en soi une contribution au monde. En revanche, si un pays abritant autant de population s'enfonçait dans la pauvreté et l'instabilité, ce serait une catastrophe pour le monde entier. Citons un exemple concret : chaque année, les Chinois consomment plus de 100 millions de tonnes de riz, alors que le stock mondial de riz n'est que de 20 millions de tonnes. Si une famine frappait la Chine, aucun pays ne serait capable de lui porter secours. Aujourd'hui, l'économie chinoise, par sa dynamique remarquable, est un moteur important de la croissance mondiale. En 2005, la Chine a contribué à hauteur de 10% à la croissance économique mondiale et à 12% de la croissance du commerce international. Dans les échanges économiques et commerciaux internationaux, ce que la Chine recherche, c'est tout simplement le bénéfice mutuel, le gagnant-gagnant et un développement partagé. Dès son adhésion à l'OMC, elle a tenu honorablement ses engagements. Le niveau moyen des droits de douane en Chine est passé de 15,6% en 2001 à 9,9% aujourd'hui. A l'égard des pays les moins avancés d'Asie et d'Afrique, la Chine applique un tarif douanier zéro. Pendant ces 15 dernières années, les profits rapatriés par les investisseurs étrangers en Chine s'élèvent au total à plus de 250 milliards de dollars.

Il est réjouissant de constater que l'économie chinoise se porte bien. Pour le premier trimestre de cette année, la croissance économique est de 10,2% par rapport à la même période de 2005. Et cette croissance sera tirée de plus en plus par la demande intérieure. Les Jeux Olympiques de 2008 à Beijing et l'Exposition Universelle de 2010 à Shanghai produiront des effets d'entraînement extraordinaires sur les infrastructures, la protection de l'environnement, les œuvres sociales et beaucoup d'autres secteurs. La Chine a pour but d'atteindre, en 2020, un PIB de 4 000 milliards de dollars, soit le PIB par capita de 3 000 dollars. Selon des experts, dans les quinze prochaines années, la Chine achètera au total plus de 2 000 nouveaux appareils d'avion et construira une trentaine de centrales nucléaires. De gros efforts seront déployés en Chine pour faire accélérer le développement de la haute et nouvelle technologie et des services, et pour ouvrir davantage les secteurs de la banque, de l'assurance, de la bourse, de la distribution et de la comptabilité. D'ici 5 ans, le volume des importations chinoises dépassera 4 000 milliards de dollars. En un mot, le développement de la Chine apportera davantage d'opportunités commerciales à la France ainsi qu'aux autres pays du monde. D'ailleurs, le gouvernement chinois attache une grande importance à la protection de la propriété intellectuelle et à l'adaptation du cadre juridique en la matière, c'est sans aucun doute une très bonne nouvelle pour le monde des affaires. Je suis convaincu que dans le contexte de la mondialisation, les technologies avancées, les équipements sophistiqués et le savoir-faire en management d'entreprise des pays étrangers trouveront en Chine des marchés immenses en répondant à de fortes demandes et y réaliseront une bonne rentabilité.

Mesdames, Messieurs,

Comment évaluons-nous les relations sino-françaises d'aujourd'hui ? Depuis ma prise de fonctions à Paris comme Ambassadeur en 2003, j'ai vécu trois années inoubliables. J'estime que les relations de nos deux pays traversent la meilleure période de leur histoire. Pourquoi ? Parce que sur le plan politique, la Chine et la France partagent des vues identiques sur un grand nombre de dossiers internationaux importants, comme la question irakienne, le problème nucléaire iranien et le problème nucléaire de la Corée du Nord. Elles se soutiennent mutuellement sur les sujets qui préoccupent l'une ou l'autre partie. C'est le cas pour la Chine sur le dossier de Taiwan, sur la levée de l'embargo. C'est le cas pour la France sur le dossier ITER. Pendant ces trois dernières années, les contacts bilatéraux de haut niveau s'avèrent fréquents, les visites croisées des Présidents chinois et français en 2004 suivies de celles des deux Premiers ministres en 2005 sont des événements sans précédent dans l'histoire de nos échanges bilatéraux. Dans le second semestre de cette année, le Président français Jacques CHIRAC se rendra de nouveau en visite en Chine. Toutes ces visites de haut niveau ont permis et permettront de promouvoir, dans une très grande mesure et de manière très efficace, le partenariat global stratégique sino-français.

Sur le plan économique, notre coopération bilatérale de ces dernières années est particulièrement fructueuse dans les secteurs de l'aéronautique, du train à grande vitesse, de l'énergie et de la protection de l'environnement. Au cours de la visite en France du Premier ministre chinois WEN Jiabao l'année dernière, le contrat signé par la Chine sur l'achat de 150 appareils d'Airbus est la plus grosse commande jamais conclue jusqu'ici par la Chine avec un avionneur. Le volume des échanges commerciaux sino-français a dépassé en 2005 pour la première fois la barre de 20 milliards de dollars. La France est désormais notre deuxième fournisseur de technologiques, troisième investisseur et quatrième partenaire commercial en Europe.

Sur le plan culturel, le plus grand succès est sans aucun doute les Années croisées, qui ont suscité un engouement sans pareil dans les deux sens. La Tour Eiffel illuminée en rouge et le survol de la Grande Muraille par la Patrouille de France sont des images à jamais gravées dans la mémoire des Chinois et des Français. En outre, j'ai ressenti aujourd'hui, en France, un réel engouement pour la langue chinoise. A l'heure actuelle, il y a 13 000 lycéens et étudiants français qui sont à l'apprentissage du chinois, contre 9 000 il y a un an. Par ailleurs, plus de 20 000 élèves chinois sont aujourd'hui en France pour poursuivre leurs études. La jeunesse est l'avenir et l'espoir des relations de nos deux pays. C'est dans cet esprit que le programme d'échanges de 800 jeunes entre la Chine et la France a été lancé le même jour à Beijing et à Paris le 25 mai dernier. Le premier groupe de 100 jeunes artistes français se trouvent maintenant sur le sol chinois pour un séjour riche et varié. Le deuxième groupe de 100 jeunes entrepreneurs et le troisième de 100 jeunes scientifiques français seront respectivement en Chine en juillet et en octobre 2006. Parmi ces candidats, il y a sûrement des Essec. Je profite de cette occasion pour vous exprimer mon souhait, celui de voir nos élèves d'Essec jouer un rôle moteur dans les échanges sino-français et apporter leur part de contribution à l'intensification de leur coopération économique et commerciale.

Dans nos excellentes relations, il y a des maillons faibles comme notre relation commerciale. La Chine et la France sont deux grandes puissances commerciales. L'année dernière, le volume du commerce extérieur chinois s'est élevé à 1 400 milliards de dollars, mais seulement 1,5% de ce volume a été réalisé avec la France. Il en est de même pour le commerce extérieur français : le volume de nos échanges bilatéraux ne représente même pas 30% du commerce sino-allemand, cela est insuffisant. Certes, 1 400 PME-PMI françaises supplémentaires sont venues en Chine en 2005 pour explorer le marché chinois, c'est encourageant. Mais le taux de réussite de leurs démarches en Chine n'est pas celui qu'on attendait. Au cours de sa visite en France de fin 2005, le Premier ministre chinois WEN Jiabao avait avancé l'objectif de 40 milliards de dollars pour le commerce bilatéral sino-français en 2010. La semaine dernière, la Chancelière allemande Angela Merkel, en visite en Chine, a fixé l'objectif de 120 milliards de dollars pour le commerce sino-allemand en 2010. Il faut que le monde de l'économie et des affaires de nos deux pays multiplient leurs efforts pour rattraper le niveau du commerce sino-allemand.

Pour ce faire, il est essentiel d'élargir les échanges, de promouvoir une meilleure connaissance mutuelle, de surmonter les difficultés de toutes sortes dues à la distance géographique, aux différences d'histoire, de culture, de tradition et de langue. Aujourd'hui, plusieurs vols par jour relient Paris, Beijing, Shanghai et Canton en seulement 9 heures. Par rapport aux caravanes de la route de la soie qui mettaient 6 mois pour faire le même trajet, ces 9 heures de vol ne sont rien du tout. J'espère voir davantage d'entrepreneurs français, surtout de chefs d'entreprise des PME-PMI présents, en Chine et notamment dans le Centre et l'Ouest du pays où les opportunités sont nombreuses. Je me félicite de la multiplication des contacts, ces dernières années, entre les collectivités locales et le monde des affaires régional de nos deux pays. Et pour mieux se communiquer et coopérer, la connaissance des langues est essentielle. En formant des talents maîtrisant aussi bien le chinois que le français, Essec et beaucoup d'autres écoles françaises et chinoises ont apporté une contribution importante à la coopération économique et commerciale sino-française. J'encourage nos jeunes chinois et français à apprendre la langue de l'autre pays et à œuvrer au renforcement de la coopération économique et commerciale bilatérale.

Il y a 2000 ans, le grand stratège chinois SUN Zi disait que toute victoire résulte de la conjugaison des trois facteurs : le ciel, la terre et l'homme. Aujourd'hui, la relation sino-française est à la meilleure période de son histoire, voilà le facteur du ciel ; le succès des Années croisées a créé le facteur de l'homme ; la croissance rapide chinoise, l'ampleur des marchés et les politiques préférentielles mises en place par les autorités chinoises de différents échelons en vue d'introduire des investissements étrangers, ont préparé le terrain pour les investisseurs français. Les trois conditions sont ainsi réunies. Il ne reste plus qu'aux hommes d'affaires français de s'engager, avec courage et dans un esprit d'initiative, dans le partenariat avec les Chinois. Je suis convaincu de leur succès en Chine, comme le dit un vieux dicton chinois : « semer un grain au printemps, récolter dix mille grains en automne ». Voilà mes meilleurs vœux de succès à vous tous.

Je vous remercie.

Suggest To A Friend
  Print