| Intervention de l'Ambassadeur Kong Quan à l'Université d'été du Medef |
| 2008-08-27 |
|
Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Quand j'arrive dans ce campus universitaire voir cette assemblée d'élites économiques et politiques, et sentir cette chaleur de débat, moi, qui ai la tête toujours dans les Jeux olympiques, je me dis : tiens ! dans le cercle du Medef, il y a aussi un esprit olympique, celui de la compétition certes, mais aujourd'hui c'est celui de la participation qui prime. Et je vais essayer d'être à la hauteur de cette ambiance. Je vous remercie pour me donner la parole, et je salue l'initiative du Medef de se proposer de « voir en grand » pour l'esprit de cette Université d'été. D'autant plus que dans ce monde en pleine turbulence, les décideurs économiques et politiques doivent voir en grand pour avoir le moral et la confiance. J'essaie d'y apporter ma petite part de contribution, sous forme de quelques réflexions. La première porte, sous un angle général, sur les relations de l'économie chinoise avec l'économie mondiale. La Chine célébrera, dans deux mois, le 30ème anniversaire de la politique de la réforme et de l'ouverture. Certes, pas de feux d'artifice sur le fameux « Nid d'Oiseau » comme dans les JO. Mais des « brain storming » dans toutes les salles de réunion. L'essentiel que nous retenons de ces 30 ans passés, c'est qu'en même temps que l'économie chinoise vit une croissance rapide et soutenue, son lien avec l'économie mondiale n'a jamais été aussi fort, profond et élargi. 3ème pays du commerce mondial, un des premiers pays d'accueil d'investissements directs, et environ 10% de taux de croissance pendant 30 ans consécutifs, la Chine fait partie de l'économie mondiale de façon aussi dynamique que positive. Début juillet dernier à Toyako au Japon, lors du dernier sommet du G8+5, mon président HU Jintao a fait une intervention sur le partenariat global pour faire face à l'économie mondiale en difficulté. De son discours, je retiens 4 axes : D'abord, il faut encourager la mise sur pied d'un système durable de l'économie mondiale. Ensuite, un système ordonné de la finance internationale. Troisièmement un système juste et équitable du commerce mondial. Et enfin, un système équitable et efficace du développement global. A mon sens, j'y vois un reflet de la sagesse philosophique chinoise plusieurs fois millénaires : l'harmonie. Selon nos ancêtres, quand il y a l'harmonie entre ciel, terre et homme, les choses vont bien. Aujourd'hui, il faut une harmonie dans les divers systèmes mondiaux pour que l'économie mondiale avance. C'est notre souhait et nous y travaillons. Voilà les choses vues en grand sur le plan mondial. Ma deuxième réflexion, c'est sur le plan Chine-Europe. Il y a aussi grand- chose à voir. Cela fait aussi plus de 30 ans que la Chine a établi des relations avec l'Union européenne. Grâce aux efforts de part et d'autre, les domaines de coopération Chine-Europe se sont élargis, approfondis et diversifiés énormément, à la satisfaction de tous. C'est une coopération gagnant-gagnant. L'Union européenne étant premier partenaire commercial de la Chine, et la Chine deuxième partenaire de l'Europe, le volume du commerce sino-européen a atteint 356 milliards de dollars en 2007 avec un taux de croissance de 25%. Près de 28 000 entreprises européennes se sont implantées en Chine, avec un total de 60 milliards de dollars d'investissement direct. Chiffre d'affaires de ces projets de coopération: 300 milliards de dollars en 2007, dont 250 milliards de produits vendus en Chine. L'Union européenne est le premier fournisseur de technologie vers la Chine, et le 4ème fournisseur d'investissements directs vers la Chine. C'est un bilan que je trouve très positif. Les responsables politiques chinois et européens se rencontrent régulièrement, sous forme d'une trentaine de mécanisme de consultation et de dialogue, pour consolider et élargir leur consensus et préparer ensemble l'avenir. Novembre dernier, mon pays a organisé le 10ème sommet Chine-Europe, lors duquel les dirigeants chinois et européens ont constaté avec satisfaction un partenariat global et stratégique de plus en plus mûr, et ils se sont entendus pour renforcer la confiance politique à travers le mécanisme du dialogue politique, et approfondir la coopération économique mutuellement profitable à travers le dialogue sectoriel. Avril 2008, a eu lieu à Beijing le premier dialogue au sommet sur l'économie et le commerce. Le vice Premier ministre chinois accompagné de ses 12 ministres pour la partie chinoise, et Monsieur Mandelson avec les 8 autres commissaires pour la partie européenne, ont participé à ce dialogue. Une haute participation et un large champ de sujet jamais vu dans l'histoire. Le prochain dialogue de ce genre est prévu pour le printemps 2009 en Europe. Lors de ces diverses rencontres, les deux parties ont réaffirmé leur engagement à un développement durable en respectant l'environnement, et à un monde harmonieux de paix et de développement en commun. Le 1er décembre prochain, Lyon accueillira le 11ème sommet Europe-Chine sous la présidence française de l'Union européenne. Un peu plus avant, du 24 au 25 octobre, la Chine organisera le 7ème sommet Asie-Europe. Climat, énergie, alimentation et finance, autant de sujets d'intérêt commun. Quand l'Asie et l'Europe se réunissent, c'est la moitié de la population mondiale et la moitié du PIB mondial. Un partenariat de confiance et de coopération Chine-Europe et Asie-Europe est bénéfique non seulement aux deux côtés, mais aussi au monde entier pour la paix, la stabilité, le développement et des droits de l'homme. Voilà, c'est ce que nous attendons de l'Europe, de la présidence française de l'Union européenne, et surtout de la coopération sino-européenne. Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Ma dernière réflexion porte, comme vous pouvez vous y attendre, sur les relations sino-françaises. Ici en France comme là-bas en Chine, on considère toujours l'autre partie comme partenaire stratégique. En 1964, la France a été le premier grand pays occidental à reconnaître la nouvelle Chine. Une amitié solide unit les deux peuples, qui admirent réciproquement beaucoup de choses. Membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, nos deux pays travaillent en étroite collaboration pour faire face aux défis internationaux. Sans oublier la complémentarité de nos deux économies et l'avantage réciproque de notre coopération. Energie, environnement, automobile et transport, avec tellement d'atouts, les entreprises françaises ont si bien réussi en Chine. L'année dernière, le volume du commerce entre nos deux pays était de 30 milliards de dollars, soit une croissance de 34%. Nous avons fortes raisons de croire que d'ici 2010, la barre de 40 milliards sera dépassée. Actuellement, on compte 3500 de projets de coopération en Chine, soit plus de 8 milliards de dollars d'investissements français. En Europe, l'exportation française vers la Chine se trouve en deuxième position, derrière l'Allemagne. Toujours en Europe, la France est le deuxième fournisseur technologique et troisième fournisseur d'investissements vers la Chine. Lors des dernières rencontres au sommet, d'abord le 9 juillet à Toyako et ensuite le 8 août à Beijing, le président HU Jintao et le président Nicolas SARKOZY ont réaffirmé leur attachement à l'amitié et à la coopération entre nos deux pays. Ils ont tous exprimé leur souhait de voir les relations sino-françaises se développent de manière saine et régulière. Du côté chinois, le principe est clair : avec la France, c'est l'amitié traditionnelle, c'est la coopération globale, et c'est le développement en commun. En tant qu'ambassadeur de Chine en France, j'ai la pleine conviction que le partenariat global et stratégique qui ne cesse de gagner en ampleur et en profondeur entre nos deux pays est et restera gagnant-gagnant pour tout le monde. Voilà un message clair que j'aimerais profiter de cette occasion pour vous faire passer. Un message d'amitié, de coopération et de confiance. Voilà les trois réflexions que j'apporte humblement à la conférence d'aujourd'hui. En clair, la Chine est de plus en plus ouverte et transparente. La Chine est prête à coopérer toujours plus étroitement avec le reste du monde, avec l'Europe et avec la France. Et en même temps elle est prête à construire, avec nos amis français, européens et du monde entier, un monde de paix, de justice, de développement en commun et d'harmonie. Finalement, quelques détails quand-même pour compléter mon intervention et pour vous aider à mieux comprendre mon pays, et à trouver davantage d'opportunités de coopération. Même avec le succès des Jeux olympiques, on ne se donne jamais illusion qu'on est devenu une puissance mondiale. Il ne faut jamais oublier que la Chine est le plus grand pays en développement. Son PIB par tête d'habitant est moins de 3000 dollars. Les écarts entre les zones urbaine et rurale, entre les zones Est et Ouest, et entre les riches et les pauvres, sont grands et inquiétants. Comment améliorer la vie de la population rurale, qui occupe plus de 70% de la population du pays, est un souci permanent de mon gouvernement. Comment protéger et préserver l'environnement tout en assurant une croissance économique rapide, est un défi gigantesque pour le gouvernement central et les gouvernements locaux. Sans oublier qu'avec l'intégration de l'économie mondiale, le système financier chinois, encore vulnérable, s'expose à des risques mondiaux trop redoutés même par nos amis européens et américains. On vient de passer le premier semestre 2008 en traversant de grosses turbulences mondiales: subprime, pétrole, alimentation... Le taux de croissance de l'économie chinoise de cette période a baissé de 1,8%, pour atteindre 10,4%. Conclusion qui en ressort pour mon gouvernement, c'est qu'il faut assurer une croissance rapide et stable, et en même temps contrôler l'inflation. Lucides mais pas pessimistes, nous sommes là pour relever les défis et nous affronter aux risques. La restructuration en cours en Chine, surtout l'élimination des secteurs trop polluants et trop gourmands d'énergie, et l'émergence des secteurs qui concernent la nouvelle énergie et l'environnement, offrent d'énormes opportunités de coopération pour nos amis français et européens qui sont très forts dans ces domaines. Bien entendu, il n'y a pas que l'énergie et l'environnement. Les produits de consommation de la France sont tout aussi très bien accueillis en Chine. Selon une étude d'une institution européenne, dans deux ans, 150 millions de Chinois auront un revenu moyen, le marché chinois des produits de haut de gamme sera de 1000 milliards d'euros chaque année, avec une croissance de 12%, et le marché des services, banque non comprise, sera de 500 milliards d'euros, avec une croissance de 14%. En un mot, un grand marché, un grand marché à vive croissance, voire très très vite, un grand marché à conquérir. Je termine en vous souhaitant bonne confiance et bonne chance. Et je vous remercie pour votre attention. |
